SCHUBERT

Impromptus D899 N°2 in E Flat major: Allegro

David FRAY

 

En septembre 2010 j'ai accepté un remplacement dans un lycée agricole, le lycée Charles Péguy à Gorges (44). C’était un remplacement de deux mois auprès de jeunes en BEP SAP (Service à la personne).

 

vu du ciel 05-copie-1

 

En 1988 j'ai obtenu un BTS en Economie Sociale et Familiale (ESF) à Angers. A l'époque j'ai réalisé des remplacements dans le département du Maine et Loire, une quinzaine en 2 ans pour l'éducation nationale. Je donnais des cours en ESF mais aussi en Technologie. Je dispensais des cours de cuisine, d'entretien des locaux et des cours théoriques sur la nutrition, les personnes âgées et les démarches administratives de la vie quotidienne.

Ensuite je suis partie sur Paris et j’ai travaillé à tout autre chose…

 

Je n’avais donc pas travaillé sur cette compétence depuis 22 ans et pourtant j’ai pris beaucoup de plaisir à me replonger dans cet univers. Je suis formatrice dans les entreprises depuis plus de 11 ans, mais le métier de formatrice et d'enseignant est un peu différent. On ne s'adresse pas aux mêmes personnes et l'on n'appréhende pas les choses de la même façon. Pour raccourcir un peu, mais nous en reparlerons à la fin de cet article, les enseignants enseignent des savoirs, les formateurs forment sur des savoir-faire...

 

J'ai accepté ce remplacement parce que  je commençais à avoir envie de comprendre les orientations, mais aussi les raisons et les intentions du choix des filières et de leur construction. Depuis toujours j'ai envie de comprendre comment les choses fonctionnent, l'occasion était trop belle de comprendre les méthodes du milieu scolaire en comparaison avec le milieu de la formation professionnelle.

 

Très vite je me suis rendue compte que le programme avait un peu changé, très vite je me suis rendue compte que j’allais être confrontée à un manque de compétences dans une des pratiques.

Toutes les matières théoriques étaient complètement abordables, les manuels sont très bien faits et les enseignants du lycée partagent leurs préparations et accompagnent, avec beaucoup de professionnalisme, les remplaçants de leurs collègues. J’avais donc en main les outils pour travailler correctement.

Le jour de la visite des locaux, c'est-à-dire environ deux jours avant la rentrée scolaire, je me suis retrouvée face à un problème. Mon remplacement comportait un cours pratique en puériculture, il allait falloir apprendre à ces jeunes, comment tenir, laver, habiller, changer des bébés.

 

IMGP0074

 

Ma vie perso et pro ne m’ont que très rarement confronté à cette compétence, je me trouvais soudain, seule dans une salle à me demander si j’avais bien fait d’accepter ce remplacement.

J’avais un peu de temps devant moi, la rentrée commençait un jeudi, mais mon premier cours pratique n’avait lieu que le vendredi de la semaine suivante. Entre temps je rencontrais la personne que je remplaçais, elle me disait que ce n’était pas très compliqué et qu’il allait falloir que je m’appuis sur les redoublantes pour m’accompagner.

En fait mon problème était tout simplement de savoir sur quelle évaluation j’allais travailler ?

Je ne savais pas ce qu’on allait leur demander à l’examen, je ne savais pas quelles compétences ils devaient maitriser. Tout ce que je savais c’est qu’il fallait que je commence par ce module puisqu’ils partaient en stage en février et qu’il fallait qu’ils aient acquis quelques savoirs, savoir-faire et savoir être.

 

Et toute la question de la formation et de la transmission se trouve effectivement à cet endroit. Si je ne sais pas ce qu’ils doivent retenir comment je fais pour le leur transmettre ? Si je ne sais pas ce qu’ils doivent savoir, savoir-faire et quelle attitude correspond à leur situation professionnelle, comment puis-je le leur dire ? Le leur expliquer ? Les mettre en situation ?

J’avais deux heures de pratiques par semaine en demi-groupe, deux heures pendant lesquelles je devais leur apporter les connaissances et les gestes adaptés, deux heures pour les préparer à un métier que je ne maitrisais absolument pas.

 

La semaine avançait à grand pas et dès que je le pouvais et que la salle était disponible je m’y rendais. Dans cette salle il y avait des postes de travail sur lesquels j’allais leur faire travailler les différentes techniques. Il fallait que je les apprenne, il fallait que je comprenne ce que je devais leur transmettre. L’appréhension montait de jour en jour et j’ai même hésité à abandonner. Et puis, ces jeunes que je commençais à côtoyer, m’ont donné l’envie de me surpasser. Ils m’ont donné envie d’essayer, parce qu’ils me faisaient confiance et parce qu’ils avaient besoin de savoir-faire. J’avais envie de leur donner les moyens d’apprendre.

  IMGP0114

IMGP0113  

J’ai ouvert les tiroirs, dans chacun d’entre eux il y avait un bébé en plastique, des noirs, des blancs. La diversité existe aussi dans les tiroirs des lycées. Je les ai pris dans mes bras, je les ai posés sur une table à langer et je me suis entrainée jusqu’à la veille du premier cours. J’ai décidé de la manière dont j’allais présenter les séances, j’avais lu les objectifs pédagogiques, c’était à moi de décider de la manière dont j’allais leur faire atteindre le résultat voulu.

Et puis le jour est arrivé…

 

IMGP0076

 

Il y avait dans cette classe 24 élèves, 21 filles et 3 garçons.

Ces jeunes viennent se former pour devenir assistant(e) maternelle ou agents dans une maison de retraite, ils vont travailler soit avec des jeunes enfants soit auprès de personnes âgées. D’ailleurs en général, très vite ils choisissent l’un ou l’autre et ils aiment rarement les deux types de public.

Certains choisissent vraiment d'être là, d’autres arrivent sur ces filières après quelques difficultés scolaires, les motivations ne sont pas les mêmes, de ce fait les attitudes et comportement dans les situations pratiques sont aussi très différentes.

On pourrait imaginer que les filles sont naturellement plus à l’aise que les garçons, ce qui n’est pas forcément le cas. On pourrait aussi mettre en avant le coté maternel plutôt délégué aux femmes, il n’en est rien.

Chacun d’entre eux a appréhendé cette pratique avec sa propre histoire et avec sa disponibilité du moment. Apprendre une technique, puisqu’il s’agit bien là d’une technique, n’a pas forcément à voir avec une démarche affective.

Ce qu’on leur demande à ce moment là n’est pas d’aimer les enfants, mais d’être capable de s’en occuper et d’acquérir des compétences, c'est-à-dire du savoir, un savoir-faire et un savoir être, des gestes adaptés. Des gestes reconnus comme corrects dans une situation professionnelle. Des gestes que l’on peut évaluer, c'est-à-dire : observer, mesurer dans un temps donné.

Rien à voir avec le neveu ou la cousine que l’on tient dans les bras le week-end, et que parfois l’on change ou que l’on baigne avec les adultes. Là le geste va être évalué par des examinateurs qui vont à partir de grilles, décider si vous avez réalisé le mouvement et l’opération dans le bon ordre en n'ayant rien oublié. Cela n'a rien à voir avec les gestes que l'on fait dans la vie de tous les jours, même parfois sur les lieux professionnels, peu importe. Ces techniques sont celles qui ont été sélectionnées comme étant des techniques a évaluer, elles correspondent à la norme des compétences.

Vous ne les réalisez pas correctement, même si le résultat final est bon, on ne pourra pas valider ce résultat. Il y a des règles, ces règles correspondent aux exigences d’une compétence généralisée afin de pouvoir valider les pratiques.

 

J'allais donc tenter de leurs donner les règles et de les préparer pour qu'ils puissent apprendre, dans le cadre de leur formation professionnelle, à répondre aux attentes de l'évaluation finale.

 

La suite dans quelques jours...

 

Vous pouvez vous inscrire à la Newletters en haut à droite pour recevoir les prochains articles.

 


Retour à l'accueil