MOZART

Symphony N°38 in D "Prague" K504: II. Andante

English Chamber Ochestra

Daniel BARENBOIM

 

 

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Lycée Charles Péguy à Gorges (44). C’était un remplacement de deux mois auprès de jeunes en BEP SAP (Service à la personne). La suite... 

 

 

Après ces deux mois passés en compagnie de ces jeunes, je me suis rappelée aussi l'enquête que j'avais réalisée pour mon dossier d'examen en BTS.

J'avais réalisé à l'époque une enquête sociologique sans m'en rendre compte.

L'objectif était de comparer l'orientation entre des élèves de 3ème dans trois collèges différents, un en centre ville à Angers, l'autre en proche banlieue et le dernier en milieu rural.


Je n'ai plus ce document aujourd'hui, prêté et pas récupéré, mais je me souviens que les résultats avaient été très impressionnants.

L'orientation dépend en partie, pour ne pas généraliser, du milieu social et de l'environnement du jeune. Bien sûr on trouve toujours des exceptions à la règle, mais il est quand même reconnu que l'orientation d'un jeune dépend beaucoup de son développement culturel et environnemental. Les jeunes de 3ème en milieu rural avaient des choix d’orientation beaucoup plus ciblés vers des formations manuelles et techniques courtes, alors que ceux du centre ville allaient se diriger vers des études longues et plus intellectuelles. En proche banlieue, il y avait aussi un mélange des genres.

Mais si l’on réfléchi bien, finalement à quoi essayons nous de répondre ?


La société et les entreprises ont des besoins en compétences. Cela s’évalue. Nous savons depuis longtemps que notre population vieillit et que le nombre d'enfants augmente et qu’il va falloir trouver du personnel formé pour s’en occuper.

Il est donc nécessaire de former des jeunes et même des moins jeunes en formation continue pour répondre à ces besoins. L’apprentissage de compétences doit s’adapter, il est nécessaire d’en être conscient et d’anticiper, voir d’améliorer les compétences.


Tout ceci répond à une économie, à une société, à une culture, à des choix politiques, à une véritable intention.

C’est le résultat d’analyses qui doivent permettre de faire des choix de filières. Et ceci est vrai dans n’importe qu’elle région de France et même du monde. Quels sont les besoins locaux, qu’elles sont même les spécificités et les différences ? Quelles sont les forces économiques ? Quels sont les avantages concurrentiels ?

Et une fois que ces besoins sont répertoriés et que l’on met en place des formations et des filières qui doivent répondre au marché du travail et à l’évolution de nos sociétés, on fait comment pour prendre en compte l’individu ?

Quel sens on donne à ces formations ? Quel sens on donne aux acteurs ? Quel sens on donne aux futurs emplois de ces jeunes et moins jeunes ?

Nous avons besoin de ces compétences, donnons du sens  et de la valeur à ces filières.

 

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Je me suis rendue compte en allant sur le site du Lycée Charles Péguy de Gorges, que l’on avait transformé le BEP SAP (Service à la personne) de 2 ans en BAC Pro de 3 ans. Est-ce que trois ans de formations sont adaptés à tous les profils ? Quand on parle de valorisation, il s'agit du temps de la formation ? Du titre de la formation ? Ou bien est ce l’équilibre entre la capacité de l’apprenant à tenir dans le temps et à assimiler ce qu’il doit savoir, savoir-faire et savoir être pour répondre de façon adapté à la demande ?


Les enseignants de ces filières ont-ils des formations pour continuer à évoluer avec les nouvelles techniques professionnelles ?


A quoi devons nous répondre ? A quoi ça sert ? Qu'est ce que j'ai besoin de savoir ? pour faire quoi ?

Alors oui il faut laisser à chacun l'occasion d'avoir accès à une culture général pour ensuite faire des choix. Oui il y a des enfants qui sont plus adaptés à des cursus plus courts, ou en tout les cas à des méthodes d'apprentissages différentes de celles qu'on leur propose dans l'offre globale.


Enseigner, c’est transmettre des savoirs qui évoluent, on découvre de nouvelles choses tous les jours.

Former c’est apporter des compétences techniques et ces compétences évoluent aussi. Quand on entre dans une salle on peut être amenés à devoir être capable de répondre à ces deux situations, je peux être à la fois enseignant et formateur.

 

Je vais rejoindre François Dubet quand il dit qu'il est important de prendre en compte l’individu. Un enfant qui entre en Maternelle, qui va ensuite à l’école primaire et qui finalement se retrouve dans une filière courte, qu’elle est son parcours ? Qu’a été sa relation à l’école ? Qu’est ce qu’il en dit ? Quel sens cela à pour lui ?

Comment peut on mobiliser un groupe et valoriser des individus vers un métier, vers un avenir, quand on commence par dévaloriser une filière et que l’on ne va pas jusqu’au bout de l’analyse ?

Pourquoi un BAC PRO ? Ça fait mieux ?  C’est plus vendeur ? Est-ce que l’on vend le bon produit ?

J’ai entendu ces jeunes me dire : « Moi je fais ça parce que je ne suis pas bon à l’école, de toute façon, je n’ai pas le choix, et puis je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre », «  déjà je n’aime pas l’école, alors faire deux ans en plus, tant qu’à faire autant apprendre un métier, moi je veux travailler ».

Et les redoublantes ? Pas très motivées, quelques difficultés, elles ne se souvenaient même plus de ce qu’elles avaient appris l’année d’avant.

 

 

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Vous trouverez ci-dessous la position de François Dubet,  qui vient finalement expliquer  pourquoi il est important de respecter le rôle des uns et des autres . Mais il est aussi important  que chacun en prenne conscience.

Quel est le chemin entre l'école et l'emploi ?

Ce sera le sujet d'un prochain article. 

 

 

Interview de François DUBET

Revue Sciences Humaines

Avez-vous des réformes à proposer ?

Ce serait présomptueux de ma part. Je rappelle juste que dans un monde globalisé, où nos capacités d’action politique sont plutôt faibles, il reste un domaine où nous avons une capacité d’action totale : l’éducation. Or l’éducation est sortie du débat public. Bien sûr, Philippe Meirieu, le « pédagogue » prônant l’adaptation des méthodes d’enseignement à la diversité des élèves, s’oppose à Alain Finkielkraut, le « républicain » défenseur de l’autorité et du savoir académique. Mais on ne peut pas dire que l’on a, dans le champ politique en particulier, une confrontation de projets. On y a renoncé.

Pourtant, il y a des pistes pour améliorer l’école. Sans idolâtrer les enquêtes comparatives de l’OCDE (enquêtes Pisa), on ne peut pas faire comme si d’autres pays n’avaient pas une école meilleure et plus équitable. Par exemple, dans la plupart des pays qui fonctionnent bien, ou mieux, les établissements sont plus autonomes qu’en France, en particulier sur le recrutement des enseignants. De son côté, le ministère a une capacité de contrôle des résultats beaucoup plus forte. En France, ce serait perçu comme une volonté de « privatiser » l’école, ou de rompre avec « l’égalité républicaine » – même si chacun sait que c’est une vaste plaisanterie.

 

La sociologie de l’éducation a aujourd’hui cumulé beaucoup de résultats. Quelles questions devrait-elle chercher à élucider dans les années à venir ?

Après avoir analysé ce que la société fait à l’école (P. Bourdieu, R. Boudon), puis ce que l’école fait aux élèves (M. Duru-Bellat, Agnès Van Zanten, moi-même), la sociologie devrait se demander ce que l’école fait à la société, c’est-à-dire analyser les conséquences de l’organisation des systèmes éducatifs sur la vie sociale. Ce que permettent les méthodes comparatives internationales. Tout le monde dit par exemple qu’il faut développer l’enseignement supérieur. On peut en discuter : ne faudrait-il pas plutôt développer la qualité de l’enseignement élémentaire ? Ne serait-ce pas meilleur pour la société ?

Ma conviction, c’est qu’il faut déscolariser la société, c’est-à-dire sortir de l’idée que l’école doit fabriquer une « bonne » société. L’école doit fabriquer une bonne école. Si on veut réduire les inégalités, réduisons les inégalités entre cadres et ouvriers. Ce sera plus efficace que de permettre à des enfants d’ouvriers de devenir cadres !

 

À la fin de votre ouvrage, vous dites que les enseignants « ne croient pas les sociologues », et qu’ils ont raison. Pourquoi ?

Pour enseigner – je suis enseignant –, il faut vivre avec des fictions. Il faut être convaincu, au moment où l’on fait son cours, que ce que l’on va dire va transformer les gens, que tout le monde peut apprendre, que le savoir a une valeur en soi. Sinon on ne le fait pas. Or la sociologie a pour effet de refroidir ces illusions : « ne vous racontez pas d’histoire, tout cela est déterminé »…

Je connais par exemple des professeurs de lycée très imprégnés des thèses de P. Bourdieu. Mais quand ils sont face aux enfants, ils les laissent de côté. Ils ne vont jamais dire à un enfant d’ouvrier en échec « c’est normal, c’est à cause de ton faible capital culturel ». Ils vont lui dire qu’il est aussi intelligent que les autres et qu’il peut réussir s’il le veut. Il y a un devoir d’espérance dans l’école.

Donc je crois qu’il ne faut pas trop écouter les sociologues. Il faut entendre ce qu’ils disent, mais sans que cette connaissance détruise les illusions nécessaires à l’action. Les enseignants ont raison de résister, y compris à mes propres discours.

 

 

Merci à Sylvain OLIVIER, directeur du Lycée Général et Agricole  Charles Péguy à Gorges, et  à Christine CAUCHON coordinatrice des filières techniques, pour la confiance qu'ils m'ont témoigné.

Merci aussi à mes collègues (Christine, Françoise, Bénédicte, Michelle, Nathalie) qui pendant ces deux mois m'ont apporté leur soutien et leur ouverture d'esprit. Merci à ces jeunes pour leur spontanéité, leur intelligence individuelle et collective, pour leur énergie.

 


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