BACH

Concerto in D minor BWV 1052 III Allegro

David FRAY

 

François DUBET Interview Sciences Humaines

Extrait  

 

"À l’époque, la sociologie de l’éducation était dominée par deux grands modèles, ceux de Pierre Bourdieu et de Raymond Boudon qui, chacun à sa manière, s’intéressaient à la question des inégalités scolaires. Pour le premier, elles s’expliquent par la répartition très inégale parmi les élèves des capitaux culturels, économiques, sociaux… Pour le second, elles sont avant tout le résultat de stratégies familiales divergentes. Ces deux modèles ont cependant en commun d’être des sociologies sans acteurs, fondées uniquement sur des statistiques. Personne ou presque ne s’intéressait alors aux élèves. Or j’avais l’impression que c’était d’eux qu’il fallait partir. Non pas pour contredire les théories dominantes, mais pour proposer une image inversée du système scolaire : voir ce que les élèves ont dans la tête pour comprendre ce que fait l’école aux individus. Les jeunes ne sont pas simplement des séries statistiques qui réussissent ou qui échouent. Ils ont une vie à l’école, des sentiments, des relations, des motivations. Et ce d’autant plus qu’ils y passent environ quinze ans de scolarité : ce n’est pas rien dans la vie des individus."

 

 

 

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le lycée Charles Péguy à Gorges (44). C’était un remplacement de deux mois auprès de jeunes en BEP SAP (Service à la personne). La suite...


Ces jeunes qui entraient dans cette classe étaient en première année de BEP SAP. Ils découvraient le lycée depuis quelques jours et leurs nouveaux partenaires pour l'année à venir. Les affinités se construisaient, ils étaient encore en phase d'observation vis à vis de leur groupe et de leurs enseignants.


Ce n'est pas la filière la plus valorisée de notre système scolaire et pourtant c'est une formation qui répond aux besoins de compétences sur le marché du travail. L'augmentation du nombre de personnes âgées dans notre société et la place de la France dans le développement démographique, nous sommes le pays d'Europe qui a le plus de naissances, nous oblige à former des personnes pour répondre à l'accueil de ces deux publics.

Êtes-vous déjà entrés dans une classe ?

Avez-vous déjà posé un regard discret sur chacun d'entre eux pour commencer à les jauger ?

Avez-vous eu le tract, le même que celui qui vous amène à monter sur les planches ?


Entrer dans une classe et accueillir un groupe, c’est se concentrer sur ce que l’on va devoir mettre en avant. L’objectif de cette démarche est d’être sûr de pouvoir travailler dans les meilleures conditions possibles.

 

Qui n’aurait pas peur d’un groupe ? Qui se sent à l’aise naturellement face à des individus qu’il ne connait pas ? Alors bien sûr après plusieurs années d’expériences et de formations on sait comment prendre la distance nécessaire ? Mais demandez à ceux qui vont faire leur rentrée demain pour la première fois ce qu’ils en pensent ?


La seule chance d’y arriver est de se concentrer et de très vite créer un climat de confiance. Seul le chef d’orchestre, c'est-à-dire l’autorité légitime reconnue, peut le mettre en place.

Un enseignant est un chef d’orchestre il a une autorité légitime, certains élèves vont tenter de la remettre en question pour venir vérifier qu’ils vont pouvoir lui faire confiance et s’appuyer sur ce qu’il va apporter, ce pourquoi il s’est engagé.


Oui ce jour la j’ai eu peur, peur de ne pas être au niveau de leurs attentes, peur de ne pas être a ma place, peur de ne pas répondre aux besoins de ces élèves.

Quand je dis que j’ai eu peur, ce n’est pas que je ne me sentais pas capable de le faire, c’est que je me suis rendue compte à quel point leur avenir était lié à ce que j’allais leur faire passer.


Ce que j’allais leur apprendre devait leur permettre d’avancer dans la vie, de trouver un boulot. Ils allaient quitter le système scolaire dans deux ans pour certains et travailler.

Ils avaient besoin d’outils, il allait falloir les leur donner.


Il y a en gros trois méthodes d’enseignement : Le cours magistral plutôt adapté à l’acquisition de savoirs, la démonstration qui permet de reproduire et la mise en situation qui permet d’ancrer des savoir-faire après avoir, soit même, expérimenté et éventuellement avoir appris au travers de ses propres erreurs. Cette dernière méthode nécessite une présence et des encouragements du formateur/enseignant pour donner des ressources de réflexion et accompagner l’évolution de l’apprentissage, c’est aussi la plus consommatrice de temps.

Le temps est un sujet récurrent concernant les contenus et les limites de l’éducation.

Chaque élève en fonction de son histoire scolaire et personnelle a appris différemment, il est donc important d’en tenir compte. Il n’y a pas une méthode moins bonne qu’une autre, elles servent à des acquisitions différentes, il est donc nécessaire de les alterner en fonction des besoins.

J’ai choisi sur ce cours de favoriser la pratique, vu l’intitulé et les moyens mis à disposition ça me paraissait évident. Sur les deux heures, nous aurions 30mn d’introduction et 1h30 de mise en situation. L’objectif étant à chaque fois de commencer la pratique en revenant sur les apports du précédent cours et de finir avec une synthèse du cours du jour. J’apprendrais un peu plus tard que la personne que je remplaçais fait, elle, le contraire.

 

Un jeune qui entre dans ce type de filière a en général eu des difficultés avec les méthodes d’apprentissage généralisés plutôt basées sur le savoir et à surtout envie de faire et d’apprendre en faisant.


Dès le premier cours ça a fonctionné. La première demi-heure a servi à échanger sur la manière dont on allait procéder et m’a surtout permis de comprendre quelle idée ils en avaient, quelle représentation ils se faisaient de cette pratique. Eux aussi étaient un peu inquiets par l’enjeu, il allait falloir s’occuper de bébé et même s’ils n’étaient pas réels, ils prenaient conscience qu’un jour ils le seraient.

 

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Alors Ils se sont lavé les mains comme l’indique la méthode qui sera évaluée à l’examen et ils ont ouvert les tiroirs. Chacun leur tour a pris un bébé dans ses bras. Heureusement qu’ils n’étaient pas tous vrais, je pense que certains n’auraient pas bien appréciés la prise en main.

 

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Prendre conscience du besoin d’apprendre. C’est une des sources de la motivation. Si je veux faire ce métier, je dois apprendre à faire les bons gestes. Je me rends compte que je ne sais pas faire, je veux apprendre à le faire. Leurs sourires et même leurs rires traduisant un légé mal aise me confirma que nous avions du travail  . Mais ils avaient envie.

 

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Nous avons appris, eux de ce que j’apportais en technique, moi de ce qu’ils ne comprenaient pas, ou de ce qu’ils n’arrivaient pas à faire. Tous ces gestes n’étaient pas toujours très logiques, mais ils acceptaient de les faire pour atteindre leur objectif, préparer un examen. Ils avaient compris qu’une fois sur le terrain cela pourrait être différent.

 

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Nous avons donc, appris à porter, habiller et changer un bébé, nous avons répété des gammes, et accompagné les uns et les autres à mieux comprendre pourquoi il fallait le faire avec ces techniques.


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Et puis le remplacement s’est terminé…

 

Depuis j'ai très envie de travailler sur l'évaluation et sur la pertinence des choix de formation et de leur place dans le développement économique, mais aussi en fonction des cultures et de leur environnement.

Quelles sont les raisons de ces choix ? A quoi ça sert ? A qui ça sert ? Pourquoi j'apprends et qu'est ce qui me motive ? Pourquoi propose t-on ces formations aux jeunes ? Qui sont t-ils ? Et quelles sont leurs motivations ?

 

Ceci mérite bien une petite analyse...

 

La suite dans quelques jours…

 


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