Keith Jarrett By Bye Blackbird

 

j0382697.jpg

 

 

 

Il est impossible de parler de la formation professionnelle, sans essayer de comprendre ce qu'il se passe avant, à l'école.

Nous avons tous un patrimoine scolaire vécu différemment en fonction de nos origines sociales et du lieu de notre scolarité.

Quand j'ai passé mon BTS en Economie Sociale et Familiale en 1988 j'avais fait une étude sur l'orientation en fin de collège. J'ai malheureusement égaré cette étude, on ne peut pas être voyageur et archiviste, et surtout je n'avais pas pris conscience à l'époque que je faisais déjà un travail sociologique.

Je m'étais intéressée aux choix d'orientation des élèves de 3ème dans un collège de centre ville, un autre en proche banlieue et un troisième en milieu rurale. Les résultats je me souviens avaient été incroyables quand à leurs choix. le jury de cette étude avait d'ailleurs trouvé qu'il serait intéressant de faire cette démarche pour aider les jeunes à faire leurs choix. Peut être que du coup nous aurions trop tendance à les mettre dans des cases, mais n'est ce pas déjà le cas ?

En écoutant aujourd'hui les infos nous dire que c'était la journée du choix des élèves de terminale pour leur avenir d'étudiants, je me dis que ce serait très intéressant de venir réfléchir sur ces décisions que l'on fait prendre à des jeunes, pour certains sans les accompagner, et qui n'ont aucune notion de la force sociale que cela peut avoir.

Ceux qui sont en rupture avec l'école je les retrouve aujourd'hui dans l'accompagnement du projet... Et c'est là que l'on peut commencer à définir le rôle du formateur...

Deux textes à lire dont voici les premières phrases... Suivez le lien pour lire la suite...

 

Article de la revue Sciences Humaines

 

LA SOCIOLOGIE DE L'EDUCATION EN FRANCE

Vincent Troger

 

Après Émile Durkheim, ce sont Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron qui ont vraiment donné naissance à la sociologie de l'éducation. En diversifiant ses objets de recherches et en se recentrant sur les stratégies des acteurs, la sociologie contemporaine est aujourd'hui en recherche de nouveaux cadres théoriques.

Genèse et objet

Émile Durkheim (1858-1917) est le précurseur incontesté de la sociologie de l'éducation. Bien qu'il n'ait pas publié sur ce sujet de son vivant, il a donné de nombreux cours de sociologie de l'éducation à la Sorbonne, où il a occupé à partir de 1906 une chaire de sciences de l'éducation. Ses leçons ont été réunies, avec d'autres textes, dans trois publications posthumes : Education et Sociologie (1922), L'Education morale (1925) et L'Evolution pédagogique en France (1938). E. Durkheim applique à l'éducation le principe fondateur qu'il avait formulé dans Les Règles de la méthode sociologique (1895) : « Les faits sociaux doivent être considérés comme des choses. » Il insiste sur la relation étroite qui unit les structures politiques et sociales avec les pratiques éducatives en vigueur dans une société et les formes scolaires qui s'y développent. Il analyse par exemple l'essor des collèges au XVIIe siècle comme le signe d'une généralisation des modes d'éducation aristocratiques au profit de la bourgeoisie montante. E. Durkheim met aussi en évidence la fonction de socialisation que remplit l'école dans les sociétés modernes : « L'éducation consiste en une socialisation méthodique de la jeune génération. » Il conçoit cette socialisation comme la transmission de valeurs et de normes communes à tous les individus de la même société, « à quelque catégorie sociale qu'ils appartiennent ». Après lui, il a fallu attendre les années 60 pour que les questions d'éducation réapparaissent dans les interrogations sociologiques en France.
 La suite de l'article

 

 

Fiche de Lecture

 

SOCIOLOGIE DE L'EXPERIENCE SCOLAIRE 

F. Dubet, D. Martuccelli

 

Introduction

 

Sans rien ignorer de ses fonctions de reproduction sociale, il nous faut la concevoir comme un appareil de production. L’école ne produit pas seulement des qualifications et des niveaux plus ou moins certifiés de compétences, elle produit aussi des individus ayant un certain nombre d’attitudes et de dispositions.

Dans la mesure où elle possède cette capacité, l’école a aussi le pouvoir de détruire les sujets, de les plier à des catégories de jugement qui les invalident ; du point de vue des élèves, l’éducation peut avoir du sens, mais elle peut aussi en être privée. 
Longtemps, on a pensé que l’école était une institution transmettant, par le biais des connaissances et par la forme même de la relation pédagogique, les normes et les valeurs générales d’une société.  Cette croyance, que l’on peut aujourd’hui considérer comme naïve, mais qui règne encore bien des esprits, identifiait la socialisation, la formation des acteurs sociaux, et la subjectivation, la formation des sujets autonomes. L’éducation devait assurer simultanément l’intégration de la société et la promotion de l’individu.
Non seulement l’école n’a pas atteint  les objectifs égalitaires qu’elle a pu se proposer, mais elle ne fonctionne plus comme une institution. On envoie moins nos enfants à l’école pour qu’ils y soient éduqués que pour qu’ils y acquièrent des certifications utiles à leurs carrières. L’emprise de l’école sur la société est aujourd’hui telle que les objectifs éducatifs passent au 2nd  plan.  Les acteurs se socialisent à travers ces divers apprentissages et se constituent comme des sujets dans leur capacité de maîtriser leur expérience, de devenir pour une part, les auteurs de leur éducation. En ce sens, toute éducation est une auto-éducation, elle n’est pas seulement une inculcation, elle est aussi un travail sur soi.  -         Ce travail ne se réalise pas dans le seul face à face pédagogique des maîtres et des élèves. Les élèves ont aussi une vie en dehors de l’école et gèrent plus ou moins toutes ces dimensions d’une expérience qui se transforme au fur et à mesure qu’ils franchissent les étapes de leur formation qui se module différemment selon leur position dans le système, selon les diverses situations sociales.
- La socialisation est un processus paradoxal. D’une part, elle est un processus d’inculcation. D’autre part, elle n’est réalisée que dans la mesure où les acteurs se constituent comme des sujets capables de la maîtriser.
- Tous les élèves ne franchissent pas les étapes  de la même manière. Les uns élaborent peu à peu une expérience  qu’ils maîtrisent, alors que les autres n’y parviennent pas, se sentent dépossédés, indifférents, parfois détruits par leur parcours.
- Le système scolaire fabrique divers types d’acteurs et de sujets qui seront appelés à occuper diverses positions sociales. L’école assure les uns et affaiblit les autres ; les uns se forment dans l’école, les autres en dehors, malgré elle ou contre elle.

 

Suite de la fiche de lecture

 


Retour à l'accueil