DSCN6543.JPG

 

 

Cantaloupe Island Herbie Hancock

Pour écouter l'album cliquer sur la petite photo au dessus

 

Xavier Beauvois, réalisateur "Des hommes et des Dieux" disait lors d'une interview récente: "On n'a pas peur quand on se connait..."

Effectivement on n'a pas peur quand on se connait... On a encore moins peur quand on connait les autres et que l'on accepte de comprendre leurs différences... de comprendre comment ils vivent et pourquoi ils ont tel comportement, attitude, discours... Quand on est capable d'accepter leur regard sans imaginer ce qu'ils peuvent penser de nous... Sans prendre leur analyse et leurs réflexions au premier degré, celles de la découverte et parfois de la maladresse... 

On a souvent tendance à comparer avec nos propres manières de faire, ceux sont nos références, nos points d'appuie, notre sécurité...

Observer, ne pas juger, essayer d'entendre et de voir ce qu'ils disent et le retranscrire le plus objectivement possible...

C'est ce que j'aimerai arriver à faire pendant ce prochain tour du monde...Sans pour autant me considérer pour une Ethnologue confirmée, puisque ce n'est pas ma formation, mais utiliser ces outils pour comprendre les choix de formation et leur mise en application.

 

François LAPLANTINE explique cela très bien dans "La Description Ethnographique" Armand Colin dont voici quelques extraits du début du livre.... (Merci Olivier pour cette recommandation de lecture) Cela vient aussi conforter mon impression mitigée sur le passage en Chine lors du voyage précédent...Je comprends mieux pourquoi... Il faudra peut être y retourner quand même un jour... Prendre le temps...

 

Introduction

 

La description ethnographique (qui signifie l'écriture des cultures), sans laquelle il n'y a pas d'anthropologie au sens contemporain du terme, ne consiste pas seulement à voir, c'est à dire à écrire ce que l'on voit. C'est un processus généralement implicite, tant il parait aller de soi alors qu'il est d'une complexité inouïe. Procédant à la transformation du regard en langage, il exige, si nous voulons le comprendre, une interrogation sur les rapports visibles au dicible ou plus exactement du visible au lisible. La description ethnographique en tant qu'écriture du visible, met non seulement en jeu l'attention du chercheur (attention orientée, et aussi, nous y reviendrons, attention flottante) mais un souci tout particulier de vigilance à l'égard du langage, puisqu'il s'agit de faire voir avec des mots, lesquels ne peuvent être interchangeables, tout particulièrement lorsqu'on se fixe pour objectif de rendre compte de la manière la plus minutieuse de la spécificité des situations, chaque fois inédites, à laquelle on est confronté.

C'est dans la description ethnographique que se jouent les qualités d'observation, de sensibilité, d'intelligence et d'imagination scientifique du chercheur. C'est là que l'on attend l'ethnologue (= celui qui fait émerger la logique propre à telle culture). C'est enfin à partir de ce voir organisé dans un texte que commence à s'élaborer un savoir: le savoir caractéristique des anthropologues.

Si la description en tant qu'activité indistinctement visuelle et linguistique n'a, à notre connaissance, jamais été pensée comme telle par les ethnographes, alors qu'elle est pourtant la catégorie principale de l'ethnographie, c'est qu'elle appelle pour être comprise, une pluralité d'approches que l'anthropologie - qui n'est pas une discipline autosuffisante mais ouverte - se doit de fréquenter: les sciences naturelles, la peinture, la photographie, la phénoménologie, l'herméneutique, la théorie de la traduction, les sciences du langage, mais aussi la littérature qui n'est rien d'autre que le plein exercice du langage.

L'indissociabilité de la construction d'un savoir (anthropologie) à partir du voir et d'une écriture du voir (ethnographie) n'a rien d'une donnée immédiate ou d'une expérience transparente. C'est une entreprise au contraire extrêmement problématique qui suppose que nous soyons capable d'établir des relations entre ce qui est généralement tenu pour séparé: la vision, le regard, la mémoire, l'imaginaire, le sens, la forme, le langage"...

 

L'ethnographie comme activité perceptible: Le regard

 

... "Seule la distance par rapport à la société dont nous sommes originaires - mais une distance qui peu à peu nous fait devenir extrêmement proche de ce qui nous était lointain - nous permet d'effectuer cette découverte: ce que nous tenions "chez nous" pour naturel, en particulier la langue que nous parlons, à travers laquelle se forme notre pensée, est en fait culturel. D'où la nécessité, dans la formation anthropologique, de ce que je n'hésitais pas à appeler le dépaysement, l'étonnement provoqué par les cultures qui nous sont les plus éloignées, et dont la rencontre va entrainer une modification du regard que l'on portait sur soi. Rivés en effet, à une seule culture, nous sommes non seulement aveugles à celle des autres, mais myopes quand il s'agit de la nôtre. L'expérience de l'altérité (et l'élaboration de cette expérience) nous engage à voir ce que nous n'aurions même pas pu imaginer, tant notre attention a du mal à se fixer sur tout ce qui nous est tellement habituel que nous finissons par estimer que "cela va de soi". Nous sommes tous en effet tributaires des conventions de notre époque, de notre culture et de notre milieu social, qui, à notre insu, nous désigne: 1° ce qu'il faut regarder, 2° comment il faut regarder"...

 


Je n'ai plus qu'à m'inscrire à un atelier d'écriture...

 


Retour à l'accueil