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Le Lac des cygnes, Op.20: Acte II scène I 

Tchaikovsky 

Je vous avais parlé d'un article sur le voyage imaginaire, il arrive dans les prochains jours... 

 

Nous avons eu de la chance dernièrement avec quelques très bons films au cinéma qui ne manquaient pas de nous parler d'apprentissage...

Le Discours d'un Roi, Black Swan, Fighter... En fait le cinéma est une vraie source d'apprentissage et même d'apprentissage culturel... Pour ceux qui connaissent Jérôme Bruner cela doit vous dire quelque chose... Pour ceux qui ne connaissent pas je vous en parle dans de prochains articles. J'ai tant de choses à vous dire...

 

La question que posent ces différents films, entre autre, est la question de l'ambition et de la perfection...

Jusqu'où devons nous aller dans notre apprentissage ?  Jusqu'où sommes nous capables d'aller ? Jusqu'où êtes vous capable d'aller ? A quoi cela va t-il nous servir ? Est ce qu'on nous le demande ? Qui nous le demande ?

Cette question se pose forcément au formateur quand il rencontre une compétence peu ordinaire, c'est à dire capable de plus que les autres, plus que le formateur lui même, une compétence que seul celui qui la possède est capable de réaliser... Mais cela doit-il aller jusqu'a la folie ?

Alors j'ai envie de répondre que oui, parce que la folie et le génie font partie de la vie.

Mais l'ambition et la perfection rendent fou... C'est une obsession, un état d'esprit, une guerre contre soit même, ou contre ceux qui nous y ont amené.


Qu'est ce qui pousse à l'ambition, la perfection extrême ?

Pourquoi Nina veut-elle avoir le rôle principal ?

Est ce que le sens de sa vie est de danser juste une fois le Lac des Cygnes et d'en avoir le rôle principal ? 

Jusqu'où suis-je capable d'aller pour vivre cette ambition et cette perfection ?

Pourquoi j'apprends ? Qu'est ce qui me pousse à apprendre ? Pourquoi j'ai besoin d'apprendre ? Qui me pousse à apprendre ? Qui me pousse vers l'ambition et la perfection ? Qu'elles sont les véritables raisons de mon apprentissage ? Et qui l'évalue ? Finalement la vrai question est : quand j'apprends, je veux être reconnue par qui ?

J'apprends pour être le ou la meilleur(e) ? Pour avoir accès à un niveau social ? Pour m'offrir une belle voiture ? Pour ma reconnaissance ? Pour transmette ? Pour découvrir d'autres cultures ? Pour voyager ? Pour aimer ? Pour vivre ? 

 

Ces films donnent la mesure que l'on va donner au sens de sa vie, que l'on soit, danseur, Roi, boxeur, ingénieur, voyageur, technicien, éducateur, formateur, gestionnaire, instit, juriste, entrepreneur, sociologue, médecin, boulanger, scientifique, hôtesse de l'air, orthophoniste...

J'apprends quoi pour en faire quoi ? De ma vie... Et qui décide ?

Apprendre c'est choisir d'être libre de choisir, sauf quand l'ambition et la perfection choississent pour nous... le tout chargé d'éducation... Apprendre c'est aussi connaitre les limites de sa vie... Apprendre c'est respecter le choix des autres et leurs valeurs...

Apprendre c'est se dire que quelque soit la voie choisie, rien ne sera jamais facile et qu'il faudra "Y croire toute sa vie".

Alors apprennez à être vous même et donnez tout ce que vous aurez envie de donner, sans trop d'ambition et de perfection, vous pourriez devenir fou et en mourir...

 

J'ai trouvé un article dans Sciences Humaines qui parle d'un livre écrit par un sociologue danseur, Pierre-Emmanuel Sorignet. Dix ans d'enquête et d'observation dans le milieu de la danse. Un monde de formation et d'exigence.

 

Danser. Enquête dans les coulisses d’une vocation
Pierre-Emmanuel Sorignet, La Découverte, 2010

 

Romain l’explique sans détour : quand tu es danseur, « tu sais que tu ne gagneras jamais beaucoup d’argent (…) et que tu es un travailleur de l’ombre, même si c’est toi qui es en pleine lumière sur la scène ». S’il y a bien sûr la jubilation d’être au cœur du travail de création, de connaître les joies de la scène, d’avoir le sentiment de pouvoir se découvrir et s’exprimer, danser est une activité ô combien difficile et exigeante.

C’est à une véritable plongée dans le champ de la danse contemporaine que nous invite Pierre-Emmanuel Sorignet. Il livre le fruit de dix ans de recherche où il a pu mener une centaine d’entretiens avec parfois les mêmes danseurs à plusieurs années de distance. La grande force de l’enquête ethnographique tient aussi à l’implication de l’auteur lui-même. Si dès le départ, il opte pour la méthode de l’observation participante, il bascule vite, comme il l’explique, « dans une participation observante », puisqu’il est recruté dans des compagnies de danse contemporaine en parallèle de ses recherches en sociologie. Il vit dans son corps même ce métier où règne en maître le discours de la vocation.

Mais P.‑E. Sorignet nous invite à découvrir les coulisses d’une activité qui oblige à faire de lourds sacrifices, à se dévouer corps et âme, jusqu’à l’épuisement, à faire l’expérience de la précarité en dépit du prestige symbolique. Pour cela, il faut « croire », adhérer au discours vocationnel qui sacralise le projet artistique et permet de tenir en dépit des adversités, des souffrances psychiques et physiques. Le sociologue éclaire l’ensemble de la carrière, de l’entrée dans la danse jusqu’à la sortie de scène et les tentatives de reconversion. On y découvre ainsi les années de formation. Mais aussi l’épreuve des auditions, capitales pour décrocher un contrat, qui jouent à plein sur le registre de la « rencontre », du « feeling » entre un danseur et un chorégraphe. Entre leur aspiration originelle et la réalité des conditions de travail, l’écart est parfois grand. L’augmentation du nombre de compagnies, la réforme du statut d’intermittent rendent les conditions d’exercice de ce métier de plus en plus difficiles.

Le rapport au chorégraphe est ambivalent. Ce dernier est à la fois le créateur d’une entreprise artistique et l’entrepreneur qui gère de la main-d’œuvre. Il joue à plein sur le registre sensible de la vocation, n’hésitant pas à traiter les danseurs qui ne se plient pas à leurs exigences de « petits fonctionnaires ». Il faut y croire, encore et toujours. Ce que montrent parfois les lourds sacrifices consentis, par exemple celui de femmes préférant renoncer à la maternité, mal vue dans une profession dévorante. Ou les excès quand des danseurs lourdement blessés se voient contraints de monter sur la scène, à coup de médicaments, pour tenir malgré tout.

La danse, montre l’auteur, travaille le corps des danseurs, les façonne. Elle s’inscrit en eux, dans leur moindre geste, dans leur manière de se tenir, de s’habiller, de s’alimenter, de se soigner… Elle n’est pas seulement une technique ou un métier, mais aussi un style de vie qui rappelle celui de la jeunesse. Un mode de vie « artiste », marqué par de nombreux déplacements lors des tournées, des moments collectifs très intenses, beaucoup de rencontres, une grande liberté de mœurs… Ce style de vie est valorisé par les danseurs : il marque l’appartenance même à l’entreprise artistique, la rupture avec la vie de monsieur de Tout-le-monde. Mais il peut aussi générer des difficultés : il n’est guère facile de maintenir une vie de couple, d’élever des enfants comme on le souhaiterait, de garder des amitiés en dehors de ce milieu atypique.

Un pied dedans, un pied dehors. L’un pour comprendre, l’autre pour interroger et déconstruire les fausses évidences d’une vocation. C’est presque un grand écart que parvient à réaliser ici P.‑E. Sorignet, danseur et sociologue, sociologue et danseur. Avec une indéniable virtuosité.

 

 


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