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Quand on commence à réfléchir sur l’éducation en Afrique du Sud, il nous vient naturellement la question du pendant et après l’apartheid.

 

L’éducation dont je vais vous parler est le programme qui a été mis en place par le gouvernement de Nelson Mandela dès 1994, quand il a été élu président et son évolution jusqu’à aujourd’hui.

 

Beaucoup de choses ont changé dans le système éducatif sud-africain depuis 1994. Aujourd'hui, environ quatorze millions d'élèves et étudiants, pour environ trois-cent-cinquante-trois mille enseignants, sont répartis dans plus de trente-cinq milles écoles à travers le pays. L'éducation est devenue un droit inscrit dans la Constitution, et est obligatoire pour les enfants de 7 à 15 ans.

L'Afrique du Sud a l'un des taux les plus élevés d'investissement public pour l'éducation dans le monde. À environ 7% du produit intérieur brut (PIB) et 20% du total des dépenses de l'Etat, le gouvernement dépense plus pour l'éducation que dans n'importe quel autre secteur.

 

L’éducation a été la priorité des années de présidence de Nelson Mandela, il a déclaré un jour : « L'éducation est l'arme la plus puissante que l'on puisse utiliser pour changer le monde ».

 

Je suis dans ce pays depuis deux mois, je le vis avec tous ses contrastes, sur la trace de Nelson Mandela que l’on retrouve partout dans les discours mais aussi sur les murs, dans les musées, dans la rue, dans les trains. Le travail qu’il a fourni pour donner à son pays des logements, de l’éducation, des soins, des infrastructures à été impressionnant. On pourra toujours dire qu’on aurait pu faire autrement que tout n’était pas parfait, qu’il y a encore beaucoup à faire. Mais tout ce que je vais vous raconter et tous ces sourires que j’ai partagé, c’est lui et ceux qui ont voulu l’accompagner qui les ont redonné. Le gouvernement actuel est accusé pas l’ensemble de la population de corruption. L’esprit n’est pas le même, mais la mise en place continue et évolue avec des acteurs enseignants sur le terrain qui y mettent, pour certains comme partout, toute leur énergie. Dans ce pays aux couleurs arc en ciel et au bout de ce monde un Cap de l’espérance.

Nous avons des choses à échanger pour venir enrichir nos ouvertures d’esprit et nos programmes pédagogiques.

 

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Voyage vers l’éducation en Afrique du Sud.

 

Qu’est ce que j’apprends ? A quoi ça sert ?

Mon premier accès à cette éducation à été la rencontre avec Yvonne la directrice de l’école primaire de Thabisang. 18 enseignants pour plus de 500 élèves de 3 à 12 ans, des classes de 30 à 40 élèves, il y en a même une de 50...


Soweto, le Township de l’histoire de Mandela et la résidence actuelle aussi de Desmond Tutu quand il est à Johannesburg. Un lieu qui a changé, auquel les programmes gouvernementaux ont donné accès à l’eau potable et à l’électricité, des maisons aussi, pas toutes de super qualité, mais gratuites. Ces programmes qui ont été le plus possible appliqués, mais il y a encore des endroits et notamment dans les milieux ruraux, où il reste beaucoup à faire. La région du KwaZulu-Natal dans le Nord Est du pays est une des plus touchée, l’argent ne va pas forcément là où il était prévu. Comme quoi c’est toujours un peu partout le même souci.

 

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Apprendre à l’école primaire de Thabisang c’est avant tout apprendre les langues du pays. On y apprend l’anglais, le Zoulou, (la population la plus représentée dans le Township), le Xhosa (Une langue avec un son très particulier), l’Afrikaans (pour arrêter de se battre). L’apprentissage des langues est différent en fonction des régions du pays et de la représentation des populations. Mais à Soweto tout le monde parle au moins le Zoulou et l’anglais, en général ils ont une ou deux langues en plus.

 

 

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Ensuite on apprend les mathématiques, les sciences, l’histoire et la géographie. Il y a dans cette école et ce n’est pas le cas partout, une salle informatique avec un accès internet. On y apprend aussi à chanter et c’est la fierté de cette école que d’avoir des chanteurs réputés maintenant en Afrique du Sud, anciens élèves de Thalisang.


Il n’y a à Thalisang que des enfants noirs. Dans les Township on ne trouve pas de familles blanches ou très peu, quand on en trouve c'est parce qu'elles sont arrivées là pendant les évènements de 1976 pour venir soutenir les manifestations et y sont restées. Cela fait des années que ces populations vivent dans ces lieux délimités par les lois de l’apartheid et l’on sent bien qu’il ne va pas être facile de sortir de ces murs qui ont été construits dans un esprit de ségrégation. Et même si certains, comme Yvonne, ont cette envie d’arrêter de se battre, on comprend que l’histoire très forte de ce quartier, c’est l’histoire de leur famille et que derrière cette oppression, chacun a identifié cet environnement à la lutte, à la résistance. On ne quitte pas un endroit où l’on a retrouvé la liberté et où vivent ceux avec qui on a partagé tout cela. On ne l’ouvre pas plus à ceux qui n’y étaient pas.


Ces Townships dans l’ensemble du pays sont des lieux encore clos, l’accès n’y est pas simple sans un projet, même si à Soweto, on croise beaucoup de touristes du coté du musée d’Hector, de la maison d’Edmond Tutu et de celle des jours de combats de Nelson Mandela.


Quand je suis arrivée à l’école Thalisang, j’ai été super bien accueillie, parce que je suis arrivée d’ailleurs, de France. Je ne fais pas partie de ceux qui ont oppressés, même si j’en ai la couleur. Je suis de ceux qui viennent ouvrir des portes pour ouvrir des yeux et des cœurs. Le Skype que nous avons réalisé dans cette école est pour moi l’amorce d’une ouverture pour les enfants en France et dans les Township d’Afrique du Sud.

 

Ce qui fait que ces enfants restent là aussi, c’est que souvent ils ne font pas d’études supérieures. L’école étant obligatoire jusqu’à 15 ans, ensuite ils travaillent pour la famille.


Les écoles mixtes sont plutôt dans les milieux urbains. Je n’ai pas réussi à y avoir accès, mais ce sont plutôt des lycées, privés pour la majorité, chers et pas forcément accessibles pour les familles de classes moyennes. Les lycées publics ont aussi été développés par le gouvernement de Nelson Mandela, plutôt dans les villes. On y trouve une mixité, mais quand dans votre culture on ne vous a pas donné accès aux études, le pas n’est pas toujours facile à franchir, sauf si vous rencontrez une directrice comme Yvonne qui va vous pousser à prendre cette direction.


La formation des enseignants a aussi été favorisée, même s’ils ne restent pas assez nombreux et manquent parfois de moyens et de matériel. Les classes restent chargés, notamment dans les milieux ruraux où l’on peut trouver jusqu’à quatre vingt élèves.

 

Il y a aussi dans les campagnes de gros problèmes d’absentéisme, que ce soit chez les élèves ou les enseignants, des problèmes de maladie aussi, de tuberculose, cardiaques, d’alcoolisme… Et puis le Sida s’est beaucoup développé, c’est un des grands reproches que l’on fait à Nelson Mandela. Depuis et après ses cinq années au pouvoir, il a créé une fondation qui s’occupe de ce problème en Afrique du Sud ainsi que des questions d’éducation dans les milieux ruraux.

 

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J’ai aussi eu l’occasion de rencontrer Nokuphumla enseignante d’une classe de maternelle dans le Township de Chintsa. C’est un village de vacances, des maisons secondaires sur la cote Est, au bord de l’Océan Indien. Les moyens y étaient beaucoup moins importants qu’à Soweto, mais ils étaient accompagnés par des structures locales et internationales qui leur fournissent du matériel et de jeunes volontaires. Un jardin a été mis en place, les produits sont utilisés pour les repas quotidiens. Un système de récupérateurs d’eau a aussi été construit pour l’arrosage et les sanitaires.


Deux repas sont fournis dans les écoles primaires, beaucoup de ses enfants sont issus de familles pauvres qui n’ont pas de qualification. Les problèmes économiques existent aussi en Afrique du Sud puisque l’on comptait au premier trimestre 2013 25% de chômeurs officiellement, mais avec la population non déclarée l’estimation se rapproche des 37%. Les plus touchés étant comme partout les jeunes, les femmes et les moins qualifiés. Le pouvoir économique étant en grande partie resté au Afrikaners, la discrimination dans l’emploi  et les bas revenus restent présents.

 

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Apprendre en Afrique du Sud, c’est donc apprendre à apprendre puisque l’école n’a pas toujours été accessible. Tout ce qui a été fait jusqu’à présent l’a été pour permettre de donner accès à l’éducation, rien n’est simple dans un pays qui aujourd’hui cherche ses marques.


Le passage de Nelson Mandela a redonné de l’espoir et a permis de mettre en route une politique éducative un peu plus démocratique. Mais l’histoire et la culture des uns et des autres ne permet pas encore aujourd’hui d’unifier les savoirs êtres, les savoirs faire et les savoirs. Les générations à venir sont l’espoir de ce pays, Nelson Mandela le sait, même s’il a rêvé que la sienne aussi le soit. Elle l’a été par l’intermédiaire de femmes et d’hommes qui ont voté pour la paix et la réconciliation. Apprendre à se réconcilier et à vivre ensemble, c’est aussi un apprentissage et quand Yvonne apprend des chants en Afrikaans aux enfants de son école et qu’elle les emmène visiter le musée de l’apartheid pour leur parler de tolérance, de respect et de liberté, c’est que le chemin a commencer à se tracer et qu’il y aura toujours dans ce monde, j’en suis sûre, des femmes et des hommes pour préférer la paix.

 

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Ouvrir des portes, des yeux et des cœurs. Ils m’ont ouvert la leur avec beaucoup de fraternité, je reviendrai dans ce pays pour développer d’autres projets avec les écoles. J’ai deux contacts ici à Cape Town avec des lycées. La rencontre ne s’est pas faite parce que mon intermédiaire n’a pas pu se rendre disponible. Et c’est bien cela qui me dit qu’il faudra revenir, parce que nous avons des choses à partager et à vivre, pour que nous aussi nous ouvrions les portes de nos croyances éducatives et que l’on apprenne de ce monde tellement riche ce qu’il peut nous offrir.


Voilà c’est le dernier article sur « Apprendre quelque part… ». Je vis ce moment avec beaucoup de plaisir et d’émotion.


Je quitte Cape Town demain matin pour rejoindre Johannesburg en train et prendre mon avion lundi pour le Kenya. Il me reste un mois de voyage et quelques histoires à vous raconter. Je vais profiter de chaque jour qui me sera offert et revenir vers vous avec beaucoup de bonheur… Nous avons des choses à partager, un autre monde est possible, pour ceux qui en auront envie… On ne fait jamais rien tout seul, on le fait toujours avec les autres, cette vie aura le sens que nous voudrons lui donner, celui de nos apprentissages et de nos actions…

 

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La liberté est au bout du chemin de celui, qui permettra à l’autre, d’avoir accès à la sienne… Je veux vivre cette liberté… Et je ne suis pas la seule...

 

 

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Merci à vous et à Bientôt

 

 

 

 

 

 

 

 

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