MA CHERE CHRISTINE

La rencontre avec Josée, c’est aussi lors du tour du monde en 2012. J’arrive au Costa Rica dans cette auberge qui deviendra la sienne… A l’époque elle est en stage pour sa maitrise et elle écoute du Reggae et les chansons de «Playing for Change». On discute et je lui propose de participer à plusieurs de mes rencontres sur place. Elle sera présente lors du Skype entre les enfants de Taras et ceux de Monnières. Elle sera là aussi à la lecture du «Petit Prince» à l’occasion du séminaire des professeurs de français du Costa Rica.

On garde le contact toutes ces années. Je sais qu’elle veut retourner au Costa Rica, elle cherche une maison et puis l’auberge se vend alors elle l’achète en octobre 2015. Elle m’a même proposé de venir l’aider au début, mais je ne suis pas disponible.

Depuis mon arrivée en janvier dernier les jours sont passés tellement vite, rencontrer les gens accueillir ceux qui avaient acceptés de partager ce voyage avec moi, elle est très occupée aussi avec la saison et tous ces voyageurs. On n’avait pas eu tellement le temps de se retrouver. Mais on savait que l’on avait des choses à se dire. Des projets en commun, que ce pays c’est un lien fort, un rêve, même plus qu’un rêve, une existence.

Il y a quelques jours nous avons pris un peu de temps pour en parler, nous sommes allées dans l'un de ces nombreux projets de tourisme rural au Costa Rica. Nous nous sommes retrouvées quatre ans plus tard et Josée m’a proposé de m'écrire, parce qu’elle est plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral. J’ai attendu et je partage… L’écrit d’une québécoise tombée en amour avec le Costa Rica.

MA CHERE CHRISTINE

 

Ma chère Christine,

 

Toi qui ne vis plus que pour les cabanes, toi qui veux tellement se sortir du système et montrer aux gens qu’on peut vivre différemment. J’admire ta passion et ta détermination pour ce projet en lequel tu crois si férocement. Avec une telle volonté, nul doute que ce projet deviendra un jour réalité.

J’ai vécu cette même obsession, à mon retour du Costa Rica plus ou moins, alors que je terminais ma maitrise et que je ressentais ce besoin si urgent de faire quelque chose pour l’humanité, quelque chose pour changer nos sociétés. Je lisais des livres, réfléchissais, pensais à ce que je pouvais faire, à comment je pouvais le faire, à quelle serait ma façon de laisser mon empreinte et d’avoir un impact positif dans ce monde remplit de confusion et de contradictions. Cette obsession s’était accentuée après diverses expériences auprès d’organisations non gouvernementales et à but non lucratif qui se sont avérées corrompues, inutiles et mal gérées. Je me suis donc dit que je devais me trouver un projet à moi, que je devais le faire moi-même…que ce serait la seule façon de vraiment faire la différence que je voulais faire. Et me voilà propriétaire d’une auberge de jeunesse.

Plusieurs se demanderont, mais qu’est-ce que ça à voir? Comment le fait d’avoir une auberge de jeunesse vient-il faire une différence dans nos sociétés? Quel est l’impact d’une auberge jeunesse? Je me le suis aussi demandé…puis un jour j’ai réalisé que de petites choses pouvaient avoir de gros impacts, qu’il n’était pas nécessaire de faire quelque chose de grandiose et d’extraordinaire pour pouvoir faire une différence. Que de toute façon, il fallait bien commencer à quelque part et à la hauteur de ses moyens et que de suivre son cœur était souvent la bonne réponse.

Au Québec, mon dernier emploi en était un d’adjointe administrative. Je travaillais dans un bureau de 9h à 4h, 4 jours par semaine. Je m’habillais trop propre à mon goût, j’assistais à des conseils d’administration avec des gens qui se croyaient beaucoup plus importants que ce qu’ils étaient réellement, je serais la main et faisais des beaux faux sourires à des gens qui me regardaient de haut et de qui je me foutais complètement. J’aime l’honnêteté et la simplicité. Je suis qui je suis. Je me fou bien de la politique, de la politesse et des relations professionnelles. Je suis humaine, pas professionnelle. Et voilà, maintenant j’ai une auberge. Un endroit de travail qui me permet d’être qui je suis, sans artifice. Un endroit où je vois la vie sous toutes ses formes et toutes ses couleurs. Un endroit où je sens que je participe à la vie, à ma vie…et que je ne fais pas seulement que la regarder passer. Un endroit où chaque seconde est remplie de vie. J’ai rencontré pleins de gens; des gens extraordinaires, des gens vrais, des gens fous, des gens avec des projets et des rêves, des gens ouverts sur le monde, des gens passionnés…des gens comme toi nénette. Et c’est là toute la beauté des auberges de jeunesse; des endroits de rencontres, de discussions et d’échanges. Des endroits où l’on parle de nos idées, de nos projets, de nos rêves et de nos opinions. Des endroits où l’on apprend à connaitre l’autre, où l’on apprend de l’autre, où l’on apprend à vivre ensemble. Des endroits où des âmes et des cœurs se rencontrent et où des projets prennent naissance. Des endroits où les différences sont discutées et respectées. N’est-ce pas là le début de tout changement?

Que l’on parle de paix, d’environnement ou d’éducation…tout passe par l’échange. Sans cet échange, sans cette rencontre de l’autre…comment un projet comme le tien pourrait-il prendre forme? Et puis, outre l’échange et la rencontre, il y a le voyage. Avoir une auberge, c’est offrir un endroit aux voyageurs, les encourager à voyager. Et voyager, c’est pour moi la meilleure façon de s’ouvrir l’esprit, de s’ouvrir les yeux, de s’ouvrir le cœur. Le voyage c’est aussi la liberté, la liberté d’être qui ont est.

Mon auberge c'est, en quelque sorte, ma petite cabane à moi. L'état embryonnaire d'un projet éventuellement plus grand. Qui sait, peut-être l'état embryonnaire de la cabane à laquelle tu rêves depuis si longtemps. J'y participerai, sois sans craintes. Ton rêve est beau. Tous les rêves le sont. Et s'ils sont à l'unisson de la même passion, peux-tu même t'imaginer leurs répercutions. 

Josée

 

MA CHERE CHRISTINE
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