Série Migration. Peinture éphémère gouache

Série Migration. Peinture éphémère gouache

Le blog de Perspectives Voyageuses fête aujourd’hui ses six ans.

Souvent l’on dit que tout se joue, en ce qui concerne l’éducation, les six premières années. Je vais vous proposer un commentaire autour de cette question : « Qu’est ce qui se joue avant 6 ans ? ».

Mais pour commencer, je vais vous raconter une histoire, une histoire vécue pendant quelques mois de cette sixième année.

Il est 6h du matin. On m’a dit : « L’entrée principale sera ouverte ou alors dirigez vous vers le Drive, il y a une porte derrière le magasin. »

Je cherche du boulot dans la formation professionnelle depuis mon retour du tour du monde en 2013, mais tout ce que l’on me propose n’est pas à la hauteur, ni de mes compétences, ni du projet pédagogique auquel je veux participer. J’ai fait des remplacements dans l’éducation nationale, les objectifs pédagogiques, les méthodes, les objectifs réels de ces apprentissages sont très économiques et les évaluations perpétuelles accroissent le stress et ne permettent pas la distance nécessaire à l’analyse des acquis.

Je ne peux pas cautionner ces pratiques, alors je m’inscris dans une boite intérim. Je me dis : « Quitte à participer au système autant le vivre dans sa matrice ».

J’ai changé mon CV, j’ai retiré mon Master et quelques expériences. Je n’ai gardé que ce qui valorisera l’accès possible à un emploi d’employé libre service dans un supermarché. Une expérience terrain vieille de plus de vingt cinq ans et une expérience de formatrice auprès de futurs chefs de rayons et responsables de magasins que je fais croire encore récente.

Je n’attends pas très longtemps. A peine inscrite, on me propose un inventaire pour le lendemain. On va tester ma disponibilité et ma capacité d’adaptation. C’est à 6h du matin (avant c’est payé en heures de nuits). Le magasin restera ouvert à partir de 9h, mais on aura le matériel nécessaire pour aller vite et travailler dans de bonnes conditions. On y restera 5h et nous n’aurons personne pour nous offrir une pause.

 

Série Migration. Peinture éphémère gouache

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Deux jours plus tard, on me propose un remplacement de congés dans un supermarché au rayon DPH (Droguerie, Parfumerie, Hygiène). Je vais y rester cinq mois. Je vais tourner dans pratiquement tous les rayons (Epicerie, Liquide, Bazar), je participe aussi à la réimplantation des rayons frais et Bio, c’est à la mode, alors il faut les agrandir. Le client veut du bio, on va lui en donner. Tout ce qui compte c’est de continuer à vendre quelque soit le produit. C’est d’ailleurs le rayon frais qui entrainera mon départ. Personnel insuffisant, stress de la mise en rayon le matin, semaines sans jour de repos sauf le dimanche.

L’ambiance du magasin est sympathique, même si le comportement de certains responsables reste difficile parfois à canaliser. Tous ceux qui bossent là, rêvent d’autres choses pour leurs enfants. L’un d’entre eux ne partira pas en vacances cette année, trop de charges, la maison, les voitures et puis tout qui augmente sauf le salaire. « Même à deux à travailler on ne s’en sort pas ».

Le cœur du consumérisme, le quotidien de millions de personnes en France, travailleurs ou consommateurs, du chiffre, du chiffre, du chiffre et de quoi « manger » !!! Gagner sa vie quoi !!!

Je prends un mois de repos. Je commence par relire de la philosophie, je retrouve mon jardin et j’écris le livre photo sur l’Irlande. Mon cerveau aussi a faim d’autre chose, il a besoin de se ressourcer.

Série Migration. Peinture éphémère gouache

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Je ne veux pas retourner dans ce magasin, maintenant que je suis lancée, je veux aller plus loin. Toucher la source, prendre le temps de ce que l’on peut proposer à l’être humain en toute conscience, en toute moralité. Je veux me confronter à cette machine qui ose nous parler de liberté et de bien être dans ses slogans publicitaires. Oui une machine, des robots même, qui sonnent quand un carton se met de travers et où l’humain n’est là que pour palier à ses imperfections.

Un tapis roulant entouré par deux allées de cinquante mètres, quand vous en faite le tour vous avez parcouru la longueur d’un terrain de foot, vous tournez pendant 7h30. Tout le long des allées des palettes de produits (Pizzas, sandwichs, salades). Le tout sur trois niveaux où  quinze personnes balancent des cartons de toutes sortes sur le tapis roulant qui les transporte vers le robot qui « palettise » (Organise les cartons sur les Palettes) les commandes.

Je suis affectée à l’expédition, le bout de la chaine de production. Il n’y a pas de hasard, j’ai l’âme voyageuse. Une étiquette en face de chaque palette dans l’allée vous indique le nombre de cartons, qui pèsent entre 1,5kg et 3,6kg, à envoyer. Cela va de 1 à 20 colis, mais il y a des produits que vous pouvez envoyer par séries à suivre, les plus consommés, « les vaches à laits » du moment, pour utiliser un terme marketing.

Les premiers jours je découvre des muscles dont je ne soupçonne pas l’existence, je ne suis pas dans les plus jeunes, mais tout le monde sent vibrer régulièrement son corps. J’apprends aussi, aux réunions de débriefing du matin, que chacun de nous envoie en moyenne 350 colis par heure, je comprends mieux cette envie récurrente de dormir dès que je rentre chez moi. On travaille dans un entrepôt où la température est à 4°C, on nous fourni des vêtements adaptés et des gants, je n’ai jamais eu froid sauf peut être quand j’arrive le matin et au retour de la pause de 30mn où l’on prend un repas réparateur qui nous est offert par l’entreprise. Juste le temps de se remettre en action et de ne plus penser. Je compte, je divise, pour avoir l’impression d’en envoyer moins, je multiplie, j’additionne, rarement je soustrais. 20 colis de 3,6kg deviennent,  5 colis + 5 colis + 5 colis + 5 colis. De temps en temps j’essaie de repenser au Cabanes pour retrouver mon souffle. Quand un produit m’est demandé à suivre 20 fois, puis 18 fois puis de nouveau 20 fois je fais le tour de l’allée où d’autres produits m’attendent aussi, je vois mes voisins faire la même chose et j’ai soudain une incroyable envie de crier.

Alors on s’arrête un brin de minutes, on papote, on soulage nos bras, nos dos et l’on fait un peu d’humour, «C’est quand même la seule salle de sport que tu connais où tu es rémunéré».  On regarde les robots qui circulent et qui viennent nous ravitailler en palette, on tente d’oublier pourquoi on est là. On ne sait même pas pourquoi on est là.

J’ai une chance inouïe, je peux partir quand je veux. Je me dis que finalement j’ai gardé une belle condition physique. L’entreprise est prospère, elle vit d’actions de promotions et a une régularité de commandes journalières. Toujours les mêmes enseignes, celles où tout le monde va faire ses courses, 80% de la population.

Série Migration. Peinture éphémère gouache

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J’arrête mi décembre, on me propose un CDD de trois mois que je refuse. Avec les périodes de carences il y en a qui enchainent les CDD depuis déjà deux ou trois ans et même quatre ans et tout cela est légal. Beaucoup de jeunes diplômés qui habitent dans le coin et qui n’ont pas trop envie de bouger. Ils ne trouvent pas de boulot dans leur branche, ils espèrent même pour certains décrocher un CDI un jour. Il y a aussi ceux qui ont vu l’entreprise se développer en 30 ans, passer de 200 à 2000 salariés.

Je vais repartir, je ne reviendrai peut être pas, ou je serai de passage pour quelques semaines. J’ai touché le fond d’un système, d’un comportement économique violent, de souffrances au travail, physiques et psychologiques que notre société entretien et considère comme normales et qu’elle cherche même à développer dans le monde entier. Sommes-nous en vie pour balancer des cartons sur un tapis roulant ? Peut-on imaginer continuer à consommer et à offrir ce type d’activités à nos concitoyens ? Et si l’on regarde un peu plus loin, sont-ils en vie pour nous fabriquer nos téléphones portables ou même extraire le cobalt des mines ?

Pourquoi j’apprends ? A quoi ça sert ? Et c’est quoi vivre ?

Qu’est ce qui se joue avant l’âge de 6 ans ?

Série Migration. Peinture éphémère gouache

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Ce blog m’a permis, depuis sa création, de me poser ces questions et d’essayer, grâce à différents points de vue et aussi à l’expérience et aux rencontres du Tour du Monde, de répondre à ces questions.

Pour ce que l’on apprend avant l’âge de 6 ans c’est très simple.

Le Parisien > Fait du jour|29 janvier 2013

« Tout se joue avant 6 ans », proclame depuis quarante-trois ans un livre du docteur Dodson, un Américain né en 1923 et mort il y a dix ans. C'est oublier un peu vite que le titre original de l'ouvrage, «How to Parent», signifie «Comment être parent», ce qui est nettement moins définitif… et moins culpabilisant. Car aujourd'hui, les psys sont formels. « Tout ne se joue pas avant 6 ans et heureusement », insiste Brigitte Prot, psychopédagogue, enseignante et formatrice, effarée par ce «délire éducatif». «Beaucoup de choses se jouent, c'est vrai. Le socle se construit, notamment sur le plan affectif. Mais rien n'est définitivement joué sur le plan des compétences. C'est d'ailleurs un terme qui dramatise les apprentissages à un âge où l'on a naturellement envie d'apprendre. Ce que ces officines proposent, c'est une imposture : le risquer de bloquer un gamin pour rassurer ses parents.»


La confiance. C'est l'acquisition la plus importante entre 0 et 6 ans. Et elle passe par beaucoup de tâtonnements, d'essais-erreurs et de « bravos » encourageants. Donc, cela prend du temps. «Autant il faut nourrir les enfants impatients d'apprendre, autant il faut laisser les autres picorer et n'en gaver aucun».

Les 6 ans de Perspectives Voyageuses,  je vais les fêter avec Henry David Thoreau, que j’avais découvert grâce à Sylvie, la libraire de « Les mots et Les notes » à Genève. Elle me l’avait offert en version numérique PDF alors que j’étais en Nouvelle Zélande et je l’avais parcouru lors du voyage. Depuis je l’ai acheté en version papier et je l’ai prêté, pour partager cette histoire. Je vais vous l’offrir à mon tour en version numérique et puis peut être irez vous l’acheter en version papier. Je suis sûre qu’en lisant ce qui va suivre, vous comprendrez, après tout ce que je viens de vous écrire, pourquoi il est important pour moi, dans la continuité du « Petit Prince » livre essentiel du voyage, d’y ajouter cette philosophie qui contribuera à la réflexion pour construire les Cabanes et à vivre ce pourquoi je pense être née. C’est bien d’avoir 6 ans et d’avoir vécu toutes ces expériences qui me donnent confiance en ce que nous allons, avec les jeunes qui m’accompagnent sur le projet des Cabanes, proposer demain.

Offrons nous cette vie, offrons là aussi à ceux qui voudront la partager avec nous.

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David Thoreau (1817/1862) - Qu'est-ce que le perfectionnisme moral ?

Sciences Humaines : La philosophie un art de vivre

25 mai 2016

 

Défenseur de l’idée de désobéissance civile, David Thoreau porte une forte exigence morale et un farouche attachement à la liberté. Son perfectionnisme moral offre en négatif une féroce critique du conformisme et de la soumission.

Peut-on compter sur soi-même et comment ? Henry David Thoreau, le jour où il s’installe au bord du lac de Walden – un 4 juillet, anniversaire de l’Indépendance américaine –, déclare par là son indépendance morale et intellectuelle, et décide qu’il construira sa maison de ses mains. Au bout de deux ans, Thoreau retourne à la civilisation, mais l’esprit de Walden vit toujours : liberté, autonomie, ou plutôt confiance en soi (self-reliance), principe de Ralph W. Emerson, son maître : l’exigence d’aller toujours plus loin, hors de soi, que l’on appelle aussi perfectionnisme moral. Reste à savoir en quoi il consiste.

Suite du texte…

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Et puis il y a mon cadeau...

Walden ou la vie dans les bois

Pépite se joint à moi...

On vous embrasse...

6 ANS… PEUT-ON COMPTER SUR SOI MÊME ET COMMENT ?
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